Décharge mentale
J'ai eu le vertige en pensant à toute l'énergie créative que j'ai donnée aux réseaux. Et si j'avais plutôt passé tout ce temps à parfaire mon écriture ?
Décharge mentale
Écrivain des réseaux
Il est temps que je me consacre à l’écriture.
C’est étrange, dit comme ça. Comme si après 12 ans de publication sur Internet, je n’avais jamais écrit, ou si peu. Est-ce paradoxal ? Pas tellement.
Quand j’ai commencé à publier, en 2014, j’ai souscrit à une partie du discours autour de l’autoédition, celui de la nécessité de développer une image de marque par les réseaux sociaux, de se rendre visible pour exister parmi les lecteurs et les lectrices, en dehors du circuit de recommandation classique de la chaîne du livre. Ce discours présente au moins deux problèmes. Le premier, c’est que la création d’une image de marque n’est pas l’apanage des autoédité(e)s. Nombreux sont celles et ceux à qui l’on a fait comprendre, en maison, de l’importance de l’utilisation des réseaux pour montrer à leur lectorat « les coulisses » de la création. Il a fallu quelques années pour que l’on commence à admettre que cette tâche n’est pas anodine et constitue, dans certains cas, un travail en soi. Le deuxième problème est que tout le temps passé à produire pour les réseaux, les comprendre et comprendre leur économie, envisager d’y passer du temps, lire à leur propos ou écouter des podcasts qui en parlent, tout cela est du temps que l’on ne consacre pas, de facto, à perfectionner notre art.
Convaincu de la nécessité de promouvoir mes écrits en permanence, j’ai ainsi passé beaucoup de temps, dépensé beaucoup d’énergie à réfléchir à mettre en place de nouvelles actions sur telle ou telle plateforme, dans l’espoir de voir cette partie « création de contenu » grandir pour elle-même, puis comme premier pas vers mes livres. Pour quels résultats ? Beaucoup, à mon échelle, mais très peu au vu de l’énergie dépensée.
Je viens d’une époque (car oui, publiant régulièrement sur internet depuis 12 ans, je pense pouvoir commencer un paragraphe par « je viens d’une époque ») où il était répandu de dire à quiconque souhaite exister sur internet qu’il faut être présent partout. Depuis, certains réseaux sont morts, d’autres sont apparus, d’autres encore ont évolué, et nous les créatifs et les créatives sommes toujours là. Nous jonglons d’une plateforme à l’autre en essayant de comprendre comment percer, ou à défaut de percer, comment éclore. Et pendant ce temps, notre art, lui, n’évolue pas. Si j’avais consacré ce temps à l’écriture, qu’aurais-je écrit ? Et si je l’avais consacré à comprendre l’économie du livre plutôt que la creator economy ?
Si j’ai pris beaucoup de plaisir à filmer des reels, à enregistrer du podcast ou à lancer la caméra pour un live, j’ai toujours ressenti une forme d’obligation quand il s’agissait de contraindre mes propositions à la réalité des algorithmes. J’ai tenu le coup ou pris des pauses quand les résultats me donnaient un arrière-goût d’« à quoi bon ? », et profité des retours, des commentaires, des ventes de livres quand il y en avait. Mais aujourd’hui… c’est différent.
Potentiel de publicité
Mes pensées sont saturées par une « priorité réseaux » qui me fait tout analyser par le spectre son potentiel à être rendu public. Ceci, dans mon quotidien, ferait-il un bon podcast ? Quel concept de reel pourrais-je tirer de cela ? Je n’ai pas parlé de ma dernière histoire cette semaine, est-ce grave ? Je fixe des plannings que je ne respecte pas, mais pas des plannings d’écriture… des plannings de scripts pour les prochaines petites vidéos. Je mets en place des routines, mais pas des routines d’écriture… des routines pour lancer un live Twitch, en tirer des reels, les sous-titrer, les reposter sur youtube. J’aurais peut-être pu trouver une idée de nouvelle, ou tester une nouvelle reliure pendant ce temps. J’aurais pu lire et mieux comprendre la science-fiction, et j’ai choisi de mieux comprendre Instagram.
C’est d’une charge mentale imposante dont je dois me défaire en partie, me décharger. « Décharge mentale », cela fait un peu dépotoir, comme si mon esprit était rempli de déchets. Il y a un peu de ça. Désormais, il est temps de cesser d’alimenter les réseaux, de tenter d’être présent partout. Je vais moins publier, et consacrer la priorité de mon énergie à faire mon métier : écrire.
Cela ne veut pas dire que je vais me désintéresser d’internet et des moyens de communication que l’on peut y déployer. Au contraire, il s’agit de mieux les choisir et d’en reprendre le contrôle. Pour suivre mes projets et mon actualité, voici où les choses vont se passer :
sur mon site internet saidwords.org, vous trouverez :
mes projets ;
ma boutique ;
une rubrique Actualités qui dissémine de très courtes news au fil de l’eau (publications, évènements, etc.) – abonnement RSS possible ;
ici, dans ma newsletter « La Patience », vous recevrez des articles au maximum toutes les trois semaines (et un résumé des actualités importantes) ;
sur les réseaux, pour le moment :
Instagram va rester mon outil principal, mais plus occasionnel ;
Twitch, jusqu’à ce que le site soit fermé, sera le lieu de mes prises de parole en live et de mes séances de coworking d’écriture, mais sans planning ni rendez-vous régulier ;
Mastodon sera l’outil de (très) rares publications de microblogging. Avec la présence de La Patience et du projet Horizons parallèles à son bord, Substack le sera peut-être aussi à sa manière.
en podcast, vous pouvez me retrouver à l’occasion dans l’équipe de Mana & Plasma.
Tout le reste sera soit placé en hibernation, soit sera le miroir passif de l’un de ces premiers moyens de communication.
En déchargeant ma créativité et mon énergie des réseaux, j’espère pouvoir consacrer mes forces à davantage d’écriture. L’écriture des nouvelles hebdomadaires pour les six prochains mois, d’abord, mais aussi d’autres projets.
En espérant vous trouver au bord du chemin.


Vient un moment où il faut se poser ce genre de questions. Et ton article pointe juste. Comme tu le dis très bien, l’idée n’étant pas de disparaître mais de reprendre une maîtrise raisonnée et raisonnable de ta communication. Tu as su prendre ce recul et c’est tout à ton honneur. Décharge-toi et valorise ta création/créativité. Les lecteur•ices seront toujours là le moment venu! 💪