À qui sait attendre
Écrire, c'est comme courir. On peut aimer le faire, aimer l'avoir fait, ou les deux.
Je me questionne beaucoup sur la manière de me fixer des objectifs en écriture. Au-delà de l'écriture en elle-même, ce questionnement porte aussi sur la communication à adopter en tant qu'auteur.
Un mythe tenace de l'écriture est qu'il faudrait choisir entre l'autoédition, qui implique de prendre en charge l'intégralité de sa propre promotion, et l'édition traditionnelle par une maison, qui s'occuperait de la communication personnelle de ses auteurs. Tout en allant, je découvre à quel point la réalité est loin d'être aussi binaire. Les relations que je développe en librairie aujourd'hui me permettent de mettre en avant les livres que j'édite, d'une façon que l'on n’envisagerait pourtant pas a priori pour de l'autoédition. A contrario, il m'est arrivé plusieurs fois de devoir gérer divers aspects d'une intervention (ou d'organiser une rencontre promotionnelle) pour un livre pourtant édité en maison d'édition. La réalité est mixte et il en existe certainement plusieurs ; il nous reviendra toujours, à nous auteurs et autrices, de devoir prendre en charge, avec ou sans notre volonté, une partie plus ou moins importante de notre promotion.
Pour faire exister nos livres, il faut apparaître dans l'esprit des gens. Au-delà des rencontres organisées, dédicaces, interventions, tables rondes et autres actions de promotion, les outils personnels que l'on recommande généralement pour atteindre ce genre d'objectif sont les réseaux sociaux. Et c'est là qu'il faut opérer un certain nombre de choix qui n'ont rien d'évident, et que j'ai tendance (vous le savez peut-être) à remettre en question de façon constante : quel(s) réseau(x) adopter ? quel volume d'énergie dépenser dans l'utilisation des réseaux ? Faut-il parler de ses livres ou de soi ? Sans compter sur le fait que chaque réseau enclenche sa propre mécanique de récompense, selon sa propre définition du succès. Il y a de quoi s'y perdre, voire de quoi abandonner.
Récemment, j'ai été obsédé par la possibilité de proposer du contenu pour Youtube. Je m'intéresse déjà aux analyses média, j'ai forcé le trait en consultant beaucoup de contenu dédié à la construction de chaînes Youtube, en visionnant beaucoup de contenu d'écrivains, réfléchi à des formats… pour finalement sortir la tête de l'eau et reprendre un peu mes esprits. Pour me remettre en phase avec la réalité, celle de ma propre discrétion, même sur les réseaux, de ma difficulté à trouver du temps pour tout (donc certainement encore plus pour de l'écriture, du tournage et du montage). Pour m'écarter de la tentation de m'engouffrer dans une passion geek qui m'aurait éloigné de mes préoccupations premières – car je veux avant tout vous raconter des histoires, et il faut bien les écrire !
Je me suis alors demandé d'où venait cette tentation. Je pense faire partie d'une génération qui a connu Youtube dans son évolution et dans l'évolution des vidéos que l'on y trouve, y compris des vidéos qui parlent de la création sur Youtube. Une partie de la tentation s'explique donc sans doute par le fait que, connaissant bien la plateforme, j'éprouve un sentiment de familiarité avec son fonctionnement, qui donne l'impression que tout y est facile. L'impression. Pour l'autre partie, je vais reprendre ma métaphore de la course à pied (que j'ai véritablement commencé il y a peu ; une activité que je révulsais et qu'à mon grand étonnement, je parviens désormais à pratiquer sans avoir ni la sensation, ni l'envie de mourir).
Quand on court, on veut parfois aller trop vite. Soit parce qu'on pense qu'on en est capable, soit parce que l'on souffre, et qu'en allant plus vite, on se dit qu'on arrivera plus vite au bout, que l'on atteindra plus vite son objectif. L'investissement dans les réseaux, c'est un peu la même chose : on s'y engage en espérant que les choses (la reconnaissance, l'attention...) aillent plus vite. Et comme pour la course, si c'est vrai dans l'absolu et dans une certaine mesure, il faut faire bien attention à ne pas s'épuiser en route. C'est très bien d'aller vite, d'accord… encore faut-il tenir le coup jusqu'au bout.
Hélas, la métaphore s'arrête là. Car en course à pied, l'objectif final est bien clair. On va d'un endroit à l'autre. On parcourt une certaine distance. Mais pour l'écriture ? Entre les rêves de gloire et leurs revers malsains, l'envie de faire trouver son public à son dernier livre, et l'exhibition de la mesure du succès proposée par les algorithmes de nos différents réseaux, il y a sérieusement de quoi s'y perdre.
Il y a quelque temps, maintenant, cette newsletter, La Patience, m'a permis de me centrer autour d'un objectif clair dont je maîtrisais les règles, en dehors des algorithmes. Écrire, vous écrire, à mon rythme, une fois toutes les trois semaines. Avec le temps, il me revient tout de même un élan de motivation pour tenter de faire participer intelligemment les réseaux à la promotion de mes activités (d'où, sans doute, cette brève obsession et ce questionnement sur la production de vidéos) mais je ne sais pas encore ce que ça va donner, ni quand. Cela n'a rien à voir, cependant, avec l'absence de deux éditions de La Patience (vous l'aviez remarqué ? La Patience a pris son temps...). Ce manque tient d'abord au fait que j'ai pris quelques vacances, et ensuite à l'impression désagréable de ne rien avoir à vous raconter.
Soyons clair : étant auteur, pour avoir des choses à raconter, il faut de l'actualité. Donc il faut écrire. Ces dernières semaines et le retour de vacances ont donc vu s'opérer un changement d'organisation important. L'écriture, qui avait gardé malgré mes efforts une place secondaire dans mon planning, y est désormais plus centrale. Un projet se prépare, pas à pas, tout doucement, un peu plus chaque jour. Qu'en sera-t-il ? Qu'est-ce que c'est, pourquoi et pour quand ? Aucune idée à ce stade. Mais j'avance.
Aussi, si je devais me permettre de vous donner un conseil, ce que je fais finalement assez peu, et je vais par la même occasion me le donner à moi-même, bien que cette phrase commence à être très longue : n'oubliez pas que votre communication existe autour de votre cœur d'activité, pour le mettre en valeur. Elle n'existe pas pour elle-même, et la gratification que l'on en retire doit servir à enrichir cette activité, pas à la remplacer.
Je vous laisse avec cette pensée, et vous dis à dans trois semaines (sans faute, cette fois).
Rendez-vous à Nantes
C'est presque une tradition. Je déambulerai dans les allées des Utopiales de Nantes cette deuxième moitié de semaine, avec la fameuse équipe de Mana & Plasma. Si vous êtes dans le coin, envoyez-moi un message, ce sera un plaisir de vous croiser.




